Au Royaume-Uni, en Belgique, aux Etats-Unis, la contestation monte depuis la mort de Georg Floyd contre la représentation dans l’espace public d’anciennes figures liées à l’esclavage ou à la colonisation. En Allemagne aussi, la question du changement des noms des rues à la gloire des colonialistes fait débat depuis de nombreuses années.

A plus de 70 ans, Mnyaka Sururu Mboro a toujours le cœur un peu lourd quand il se promène dans les rues de l’Afrikanischer Viertel, le « quartier africain » situé au nord de Berlin. La rue Togo, la rue Cameroun, la rue Zanzibar… Comme beaucoup de Berlinois, lui aussi croyait, à son arrivée dans les années 70, que ces rues honoraient les richesses de son continent natal. Avant de découvrir que ces noms, choisis à la fin du 19ème siècle, étaient en réalité à la gloire de l’empire colonial allemand. Et plus de cent ans après, s’y trouvent encore une dizaine de rues portant le nom des anciens colonisateurs. « Quand je vois que l’Allemagne glorifie ces hommes alors que pour nous, ce passé de domination brutale reste une plaie ouverte, cela me fait mal », s’insurge ce Tanzanien, dont l’association « Berlin Postkolonial » se bat pour voir disparaître ces patronymes de la honte.
Redécouvrant lentement son passé colonial, l’Allemagne a débuté ce travail de prise de conscience. A Berlin, trois des rues du quartier pourraient être rebaptisées : la Lüderitzstrasse, la Petersallee et la Nachtigalplatz. D’autres villes, comme Hanovre, Bochum ou Cologne, ont déjà sauté le pas. Adolf Lüderitz, négociant en tabac et fondateur de la première ville coloniale allemande du Sud-Ouest (aujourd’hui Namibie), est considéré comme un des instigateurs du massacre des Hereros et des Namas. Carl Peters fut quant à lui nommé haut-commissaire pour le district du Kilimandjaro, où la multiplication des cas de mauvais traitement contre la population locale l’obligea à retourner en Allemagne. Enfin, Gustav Nachtigal était un scientifique et explorateur colonial, originaire de Halle.
A la place, certains élus berlinois souhaiteraient rendre hommage aux grandes figures de la lutte pour l’émancipation des Noirs. Et notamment des femmes, comme Yaa Asantewaa (1840-1921), reine d’Ejisu dans l’Empire Ashanti (actuel Ghana),qui conduisit au début du 20ème siècle une rébellion contre les colons anglais. Ou encore la Camerounaise Maria Mandessi Bell (1896-1990), connue pour son combat contre la colonisation.


« On nous accuse parfois de vouloir gommer l’histoire coloniale de l’Allemagne, mais c’est totalement faux, indique Mnyaka Sururu Mboro. Au contraire, nous voulons la rendre plus vivante et critique ». Et de citer en exemple l’ancien quai Gröbenufer, toujours à Berlin, qui fut débaptisé en 2010 pour porter le nom de la poétesse germano-ghanéenne May Ayim (1960-1996). Apposé dans cette petite rue, un panneau explique l’origine du changement de nom, en guise de devoir de mémoire et de pédagogie. Malgré cela, le chemin est très long. Certaines des rues à Berlin, qui devaient être rebaptisées il y a quatre ans, ne le sont toujours pas, du fait de plusieurs recours de la part de certains de leurs habitants.



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