Pour fêter les 75 ans de la capitulation de l’Allemagne et de la fin du nazisme, la ville de Berlin a fait du 8 mai 2020 un jour férié. D’ordinaire, cette date évoque peu de choses dans la mémoire collective des Allemands.

Chaque année, tandis que plusieurs pays européens célèbrent la fin de la Seconde guerre mondiale, le 8 mai reste un jour comme les autres en Allemagne. Une fois, j’en avais discuté avec une voisine et elle était même étonnée de savoir qu’en France, des commémorations avaient lieu à cette date. Exceptionnellement, pour fêter les 75 ans de la capitulation de la Wehrmacht et de la fin du nazisme, Berlin a choisi cette année, et cette année seulement, de le rendre férié. Des célébrations avaient même été organisées.
Malheureusement, en raison du Coronavirus, le concert de la Staatskapelle de Berlin sous la direction de Daniel Barenboim se jouera sans public. La fête populaire organisée sur l’Avenue du 17 juin 1953 au cœur de Tiergarten a été annulée. Ce jour risque donc de rester celui où les magasins sont simplement restés fermés.
Défaite ou libération ?
En effet, il a peu de signification outre-Rhin. Seuls deux Länder, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et le Brandebourg, en ont fait un jour de commémoration, sans qu’il soit férié. Pourtant, on ne peut pas dire que le devoir de mémoire de la Seconde guerre mémoire n’est pas omniprésent outre-Rhin. Par exemple, chaque année pour l’anniversaire de la Nuit de Cristal, le pogrom contre les Juifs qui se déroula le 10 novembre 1938, des particuliers nettoient spontanément les Stolpersteine, ces pierres du souvenir qui évoquent les habitants déportés des immeubles, et déposent sur les trottoirs bougies et fleurs.

Mais pour le 8 mai, c’est différent. Si ce jour est nommé ici le jour de la libération (comprendre de la dictature nazie), il est aussi synonyme de défaite et de capitulation sans condition, puis de partition du pays pendant plus de 40 ans, entre Allemagne de l’ouest et de l’est.
Deux pays, deux mémoires
D’ailleurs, entre la République fédérale d’Allemagne (RFA) et la République démocratique d’Allemagne (RDA), l’histoire de ce jour est différente. Se considérant comme une zone dénazifiée (dans la doctrine est-allemande, le nazisme était issu de l’Allemagne de l’ouest), la RDA ne s’est jamais considérée comme responsable des exactions commises et a choisi de fait de se placer du côté des vainqueurs, et surtout de l’URSS, son pays ami. « En RDA, le 8 mai avait été célébré avec des défilés et des commémorations pour les soldats de l’Armée rouge qui se sont avancés à Berlin au printemps 1945 », rappelle le journal régional Berliner Zeitung. En 1950, il devient le « Jour de la Libération du peuple allemand du fascisme hitlérien » et a même été férié une fois le 8 mai 1985.
A l’inverse, les dirigeants ouest-allemands refusent à célébrer ce jour de honte et de culpabilité. Il faut attendre le 8 mai 1985 pour que le président Richard von Weizsäcker évoque le portée de ce jour, devenu alors jour de la Libération. « Le 8 mai est un tournant historique profond, non seulement en Allemagne mais aussi dans l’histoire européenne », souligne-t-il dans un discours devenu historique devant le Bundestag. Aujourd’hui encore, la manière de fêter cette journée historique reste un sujet de débat en Allemagne, au moment où on assiste à une résurgence de l’antisémitisme.



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