Réouverture des magasins à Berlin : « c’est beaucoup trop tôt »

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Depuis quelques jours, les petits magasins ont rouvert à Berlin, à condition de limiter le nombre de clients et de maintenir des conditions sanitaires drastiques. Mais les employés, en première ligne, craignent pour leur santé et redoutent une recrudescence de l’épidémie.


« Aidez-nous s’il vous plait : dans cette boutique, deux clients peuvent entrer en même temps »

En ce premier samedi depuis la réouverture des magasins à Berlin, ce n’est pas encore l’affluence habituelle dans la rue commerçante Wilmersdofer Strasse, mais les badauds sont déjà nombreux ce début d’après-midi. A l’entrée du centre commercial Wilmersdorfer Arcaden, Mohamed compte consciencieusement le nombre de clients qui sortent à l’aide d’un petit compteur manuel. Après quelques heures, il affiche 3500 passages. « Au total, mille personnes peuvent être dans le centre en même temps, explique le vigile. A chaque porte, nous sommes deux, un pour compter les entrées et l’autre pour les sorties. On se concerte régulièrement par talkie-walkie et si besoin, on peut aussi demander l’assistance de la vidéosurveillance. Par exemple, plus tôt dans la matinée, nous avons dû fermer temporairement les accès car le centre était trop plein ».

Mohamed (en noir à droite) compte les clients sortant du centre commercial Wilmersdorfer Arcaden.

Avant les écoles à partir du 27 avril et les musées le 4 mai, les magasins de moins de 800 m2 ont été autorisés à rouvrir dans la capitale le mercredi 22 avril. A condition d’avoir mis en place un concept sanitaire satisfaisant. Alors chacun y va de son idée. De nombreuses enseignes ont ainsi choisi de mettre en circulation un nombre restreint de paniers ou de caddies, ce qui permet de contrôler le nombre de clients. A chaque sortie, ils sont désinfectés avant de passer dans de nouvelles mains. Benita, cheffe de rayon postée à l’entrée de la librairie Hugendubel, préfère utiliser une tablette sur laquelle une application l’aide à dénombrer le nombre de clients. « Nous n’avons pas de caddies, et nos paniers sont difficiles à nettoyer, nous avons donc opté pour cette solution, justifie-t-elle. Dans l’établissement de 1200 m2 sur trois étages (les librairies ne sont pas soumises à la limitation de surface), 60 personnes peuvent entrer en même temps, mais pour maintenir les distances de sécurité, Benita restreint ce chiffre à 50. De plus, des panneaux invitent les clients à ne toucher que les livres qu’ils comptent acheter. « Plus facile à dire qu’à faire. Bien sûr qu’ils ont besoin de feuilleter… », hausse-t-elle les épaules.



Car entre les queues qui s’allongent sur le trottoir pour respecter un mètre de distance, les injonctions sanitaires et la moitié des passants portant un masque sur le visage, difficile d’oublier l’épidémie et de s’imaginer dans une après-midi shopping ordinaire. Pour les employés des magasins aussi, à la satisfaction d’avoir retrouvé leur poste de travail après cinq semaines de fermeture se mêlent l’inquiétude et le doute. « Nous étions en chômage partiel, ça fait du bien de retrouver un salaire complet, estime Sabine. Mais je trouve que c’est beaucoup trop tôt. Comme de nombreux salariés sont à risque ou ont des personnes fragiles dans leur entourage, on nous a demandé en premier de venir. Mais j’ai peur pour ma santé aussi. Les clients oublient vite les règles, comme la distance d’un mètre cinquante ». Debout à l’entrée du magasin, Sabine désinfecte les 15 petites étiquettes en papier plastifié dont se munissent les clients en entrant. A ce moment, une femme pénètre dans la boutique avec son fils et n’en prend qu’une seule. Sabine lui rappelle qu’il lui faut deux étiquettes. « Les gens ne sont pas encore habitués, je dois donc rester ici plutôt que de m’occuper du réassort ou de la vente », regrette-t-elle.


Dans le magasin de vêtements Kik, le message est clair : « Stop, trop plein ! L’entrée n’est autorisée que pour le personnel ».

Selon le même rituel, Pascal à l’entrée d’une autre enseigne de chaussures de la rue, désinfecte les 35 jetons qui servent à dénombrer les clients présents. « Je trouve que c’est trop tôt. D’un seul coup, il y a beaucoup de monde dans les rues, on se demande si ça ne va pas conduire à un nouveau pic de l’épidémie, puis à un nouveau durcissement de la circulation dans les prochaines semaines », s’interroge le jeune homme. D’autant que contrairement à d’autres Länder, Berlin impose seulement le port du masque dans les transports en commun, pas dans les commerces (1). « Les gens n’ont pas tous des masques, c’est difficile de maintenir les distances de sécurité et les personnes âgées font leurs courses lentement, ce qui est un risque supplémentaire pour elles », observe Mohamed, qui juge lui aussi ce déconfinement trop prématuré.

Photos G. Deboutte

(1) mise à jour 28.04.2020 à 15h : Berlin impose désormais le port du masque dans les commerces, tout comme les autres Länder.

Une réponse à « Réouverture des magasins à Berlin : « c’est beaucoup trop tôt » »

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    […] des loyers qui restent à payer même en l’absence de chiffre d’affaires. De plus, les achats repartent lentement malgré la réouverture des enseignes. C’est pourquoi […]

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