On la disait fatiguée, finie, en retrait depuis son refus de briguer un cinquième mandat… Appréciée pour sa gestion sobre et empathique de la crise du Coronavirus, Angela Merkel, au pouvoir depuis 2005, est revenue en flèche sur le devant de la scène politique.

C’était il y a deux mois, autant dire une éternité… En retrait de la scène politique depuis qu’elle avait annoncé fin 2018 ne pas vouloir briguer un cinquième mandat, on disait Angela Merkel finie, en panne de leadership. Profitant de son silence et de cette fin de règne en demi-teinte, les frondeurs sortaient du bois, entraînant querelles après querelles au sein de son parti des chrétiens-démocrates (CDU).
Une crise sanitaire plus tard, elle est de nouveau en tête des personnalités politiques les plus appréciées du pays, selon le baromètre mensuel de la télévision publique (ARD). Avec 64 % d’opinions favorables – son plus fort score depuis le début de cette législature en 2017 – sa côte de popularité a fait un bond de 11 % en un mois, une progression inédite. Et 72 % des personnes interrogées se disent « satisfaites » ou « très satisfaites » de la gestion de crise de son gouvernement.
Depuis le début de l’épidémie, la chancelière de 65 ans, au pouvoir depuis 2005, a eu à cœur de se montrer humaine, honnête et empathique. « Merkel a usé de son adresse pour un appel renouvelé à la patience des citoyens », souligne le journal Die Welt. Comme lors de son allocution avant les fêtes de Pâques, où elle a justifié les restrictions de contacts sociaux et de visites familiales en cette période si importante outre-Rhin : « Je sais que c’est difficile, mais cela sauve des vie, a-t-elle expliqué. Cela aide ceux qui sont particulièrement touchés par cette infection et nous devons tout faire pour les protéger ».
Elle n’a pas non plus hésité à montrer l’exemple en se mettant en quarantaine pendant douze jours dans son appartement du centre de Berlin après qu’un médecin qui l’avait examinée avait été testé positif au coronavirus deux jours plus tard. Un peu plus tôt, au moment où les Allemands se ruaient dans les magasins pour faire des stocks de pâtes et de papier-toilette, une photo l’avaient montrée faisant ses courses simplement, avec un caddie à peine rempli.

Refusant de mettre en place un confinement strict et généralisé à l’échelle du pays, elle qui a grandi en dictature en ex-Allemagne de l’Est avait aussi expliqué très personnellement lors d’une allocation télévisée que « pour quelqu’un comme moi, pour qui la liberté de voyage et de circulation a été un droit durement acquis, de telles restrictions ne peuvent être justifiées que par une nécessité absolue ».
Dotée d’un esprit analytique et usant d’un style sobre et pragmatique, elle n’est donc jamais autant appréciée que dans les temps difficiles. « Il semble qu’Angela Merkel ait été conçue pour des crises majeures plutôt que pour la vie politique quotidienne », avance le magazine der Spiegel. Aujourd’hui, le revirement est tel que certains médias avancent l’hypothèse qu’elle puisse rempiler pour quatre années supplémentaires. Même le tabloïd Bild, qui tire régulièrement à boulets rouges sur la chancelière, se demandait le 3 avril dernier si un cinquième mandat en raison du Coronavirus serait possible. Décidément, en politique, le vent tourne bien vite…
crédit photo IMAGO/FELIX ZAHN



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