Tester un aéroport en construction, un air de déjà-vu

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En début de semaine, une nouvelle à la radio a attiré mon attention : le BER, le futur aéroport de Berlin, fait appel à 20 000 bénévoles pour tester les installations en vue de son ouverture en octobre 2020. Une impression de déjà-vu : le 31 janvier 2012, j’avais déjà participé à l’une de ces journée test. Le BER était alors censé ouvrir quelques mois après.



Début 2012, quelques mois avant son ouverture présumée, annoncée pour le 3 juin 2012, le futur aéroport de Berlin, de son petit nom BER, avait lancé un appel aux volontaires qui voulaient passer une journée pour tester les installations. Pensant que l’aéroport allait réellement ouvrir à cette date – nous étions encore bien naïfs sur ce point – je m’étais dépêchée de réserver une plage-horaire et celle-ci était tombée sur le 31 janvier 2012. Une de ces journées d’hiver typiquement berlinoises, lumineuses et glaciales, et quand je m’étais retrouvée au point de rendez-vous à huit heures du matin par – 5°C, je m’étais un peu demandée ce que je faisais là. Mais bon, l’humeur était joyeuse entre les participants et la perspective de découvrir un terminal flambant neuf, une expérience originale.

Après avoir été informés de notre rôle, nous avions récupéré une valise dans le tas à notre disposition et nous étions dirigés vers les comptoirs d’enregistrement. L’objectif était de pouvoir tester les flux de voyageurs, de permettre aux agents d’accueil de se familiariser avec les logiciels et leurs nouveaux postes de travail. Il fallait doncfaire enregistrer son bagage au comptoir et ensuite se diriger vers les portes d’embarquement. Nous avions aussi simuler une arrivée en bus dans le terminal pour récupérer nos bagages. Le temps de faire quelques passages, je m’étais donc retrouvée dans la peau de Hannelore Siewert, puis de Karin Selzer, toutes deux à destination de Palma de Majorque.



Finalement, tout ce test n’aura servi à rien qu’à récupérer quelques souvenirs, dont un mug aujourd’hui collector estampillé BER. Huit ans après, les deux aéroports de Tegel et Schönefeld continuent leurs bons et loyaux services, et l’ouverture du BER a connu de nombreuses ouvertures avortées :

  • 30 octobre 2011
  • 3 juin 2012
  • 17 mars 2013
  • 27 octobre 2013
  • 2015
  • 2017
  • 31 octobre 2020 (sera-t-elle la bonne ?)

Depuis presque neuf ans, l’aéroport fantôme, flambant neuf, ne voit partir ni arriver aucun voyageur.

Crédit Flughafen Berlin Brandenburg


Mais que s’est-il passé ? En 2012, tout était pourtant prêt, la date de l’inauguration fixée. Cependant, quelques mois avant, les inspecteurs du TÜV (l’organisme de certification) recensent un nombre incalculable de défauts techniques : les systèmes d’alarme à incendie sont défectueux, les câbles mal posés, un tiers des 4 000 portes mal numérotées, le circuit de circulation des tapis roulants de bagages mal organisés, certains escalators trop courts… Et ce ne sont que quelques exemples.


« Personne n’a l’intention d’ouvrir un aéroport ». Cette carte postale fait partie des nombreux détournements humoristiques autour de l’aéroport de Berlin. Elle fait référence à la célèbre phrase de Walter Ulbricht, le chef d’Etat de la RDA, « Personne n’a l’intention de construire un mur ! », prononcée en 1961 deux mois avant la construction du mur de Berlin.

« Il est très vraisemblable que les architectes aient privilégié l’esthétique avant la fonctionnalité », pointe du doigt un rapport d’analyse sur le fiasco commandité par les Verts en juin 2014. Il n’est pas non plus impossible que l’ampleur du projet ait « conduit à une dilution des responsabilités. Plus personne n’était responsable de l’ensemble et capable de réagir face aux problèmes identifiés, ce qui a mené à une impasse », poursuit le rapport. Enfin, à partir de 2015, des soupçons de corruption sont relatés dans la presse allemande et plusieurs sous-traitants accusés d’avoir émis des fausses factures, qui s’élèveraient à plusieurs millions d’euros. Résultat, d’année en année, le coût du BER explose, passant de 2 milliards d’euros au départ, à plus de 6 milliards d’euros actuellement.

Aujourd’hui encore, maintenir ces bâtiments vides à flot est un gouffre : la Deutsche Bahn (l’équivalent de la SNCF) exploite chaque semaine des trains vides pour maintenir en état la gare, les voies et les systèmes de signalisation. En 2018, 750 des terminaux d’affichage ont dû être changés car ils avaient grillé, pour un coût de 500 000 euros… Après dix années à faire les gros titres, l’aéroport qui devait faire la fierté de la capitale allemande est devenu un objet de moqueries. Il est devenu impossible de prononcer son nom sans esquisser un sourire.

2 réponses à « Tester un aéroport en construction, un air de déjà-vu »

  1. Avatar de Eric Ligen
    Eric Ligen

    Comme quoi de telles aberrations n’arrivent pas qu’en France… Et là, ça va être difficile de faire pire !

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de Berlin, capitale du chaos perpétuel | L'actu vue d'Allemagne

    […] Après le chaos de la construction de l’aéroport BER, ouvert avec neuf ans de retard, l’image de ville désorganisée et chaotique colle à la peau de la capitale allemande, bien loin des stéréotypes d’organisation et de ponctualité que l’on attribue souvent aux Allemands. Ici, il faut attendre des semaines, voire des mois pour obtenir un rendez-vous afin de renouveler son passeport ou obtenir un acte de naissance pour ses enfants. L’administration et la police sont en sous-effectif chronique et une mentalité de déresponsabilisation règnent dans les services.« Berlin est malheureusement en train de devenir une ville chaotique, à commencer par la politique, qui ne peut ni organiser des élections ni garantir la sécurité de ses citoyens », s’est ainsi gaussé en janvier le ministre-président du riche et conservateur Land de Bavière, Markus Söder. […]

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