Un Nouvel an sans feux d’artifice ?

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Cette année encore, 133 millions d’euros de feux d’artifice privés devraient partir en fumée la nuit du Nouvel An. Mais cette tradition, dangereuse et néfaste pour l’environnement, est de plus en plus remise en cause par les associations écologistes et certains supermarchés.


Le 31 décembre, chacun a son rituel : tandis que certains Allemands préfèrent rester calfeutrer chez eux pour fêter la nouvelle année, d’autres sortent braver le froid et surtout les rues, dans lesquelles semblent se rejouer des scènes dignes de la Seconde guerre mondiale. Il y a dix ans, pour notre premier Nouvel An à Berlin, nous étions sortis benoîtement pour assister au feu d’artifice « officiel » de la ville sur la Porte de Brandebourg. Mais une fois les douze coups de minuit passés, quelle ne fût pas notre surprise de constater, avec un léger effroi, que le spectacle ne se déroule en réalité pas dans le ciel, mais partout. Dans l’anarchie la plus totale, les feux d’artifice et pétards explosent et fusent de tous les côtés. Adultes comme enfants, tout le monde s’y met. Mais l’alcool aidant, des petits malins n’hésitent pas non plus à les envoyer en direction des passants, voire sur les poussettes et même dans le métro.

Cette tradition, qui désarçonne bien des non-initiés, est aussi un véritable commerce. Cette année encore, les Allemands devraient dépenser 133 millions d’euros en feux d’artifice, selon l’Association de l’industrie pyrotechnique (VPI). Les plus grosses batteries, qui contiennent entre 1,5 et 2 kg de poudre pour des gerbes allant à 40 mètres de hauteur, se vendent autour de 100 euros. Pour profiter de cette manne, des magasins éphémères fleurissent le long des routes entre le 28 et le 31 décembre. Des petites villes proposent même le 27 au soir des spectacles de démonstration, permettant aux clients de voir en « live » l’effet des produits qu’ils vont ensuite acheter.


Du 28 au 31 décembre, la vente de feux d’artifice de catégorie F2 (fusées, batteries et pétards) est autorisée. Cette année, les Allemands devraient à nouveau y consacrer 133 millions d’euros, comme en 2018.

Pourtant, à l’heure de la prise de conscience environnementale, cette pratique semble avoir du plomb dans l’aile. En cause : les particules fines. Selon l’Agence fédérale de l’environnement (UBA), les feux d’artifice du Nouvel An en libèrent en Allemagne près de 5 000 tonnes en une seule nuit, soit autant qu’environ deux mois de trafic routier. Or, ces particules sont réputées nocives pour la santé humaine et animale. Autre précaution : chaque année, les services hospitaliers dénombrent plusieurs doigts et mains arrachées par des dispositifs, le plus souvent issus de la contrefaçon. Enfin, certaines grandes villes ont mis en place des zones sans pyrotechnie, par souci de protection de l’environnement et de sécurité, en particulier dans des quartiers régulièrement secoués par des échauffourées.

Un revers de la médaille qui a poussé plusieurs enseignes de supermarchés à renoncer à la vente de feux d’artifice. La première à avoir lancé le débat est un franchisé de la chaîne de supermarchés Edeka à Erkrath. « Bien entendu, nous voulons conserver la joie de la Saint-Sylvestre, écrit l’enseigne dans un communiqué de presse. Dans d’autres pays, le changement d’année est fêté autour d’un seul feu d’artifice central. Ce serait une alternative pour nos communes. Qu’en pensez-vous ? ».


Le magasin de l’enseigne Edeka à Erkrath renonce à la vente de feux d’artifice. Coup marketing ou prise de conscience environnementale ?

Sur les 33 000 supermarchés du pays, seule une minorité pense emboîter le pas l’année prochaine, à l’image de deux grandes enseignes de bricolage du pays, Hornbach et Bauhaus. « Nous espérons voir un changement dans la société et que les gens achèteront moins de fusées et de pétards cette année », se satisfait de son côté Juergen Resch, directeur de l’Association environnementale allemande DUH. Un sondage YouGov, révélant que 57 % des Allemands seraient d’accord avec une interdiction des ventes d’articles de pyrotechnie, semble lui donner raison.

Pour d’autres en revanche, à commencer par les fabricants, la décision tient davantage du coup marketing. Certains élus qualifient y voient aussi un « débat anecdotique ». « On ne change pas le monde en une nuit avec une interdiction des feux d’artifice », a ainsi déclaré le maire d’Eitorf, Rüdiger Storch, à la radio WDR.


Une tradition qui date : faire du bruit contre les mauvais esprits. Déjà au Moyen-Age, le passage d’une année à l’autre se faisait dans le bruit, avec des couverts, des casseroles et tout autre objet. C’est ainsi que les Hommes pensaient chasser les mauvais esprits pour bien commencer le nouvel an. A partir du 10ème siècle, se sont ajoutés les cloches des églises, les tambours et les trompettes, puis plus tard les coups de canons. Ce n’est qu’au début du 20ème siècle que le commerce des feux d’artifice privés s’est peu à peu imposé. (source : ARD).

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